En 1893, pour libérer les producteurs du hameau du Chaumois-Boivin de la pénibilité des sentiers escarpés, une petite entreprise de Saint-Lamain installe une prouesse de technologie rurale : le porte-lait. Ce téléphérique d’un genre particulier reliait le plateau au village de Blois-sur-Seille, permettant d'acheminer le lait nécessaire à la fabrication du Comté. Sur un câble de 500 mètres de long défiant les falaises, les précieuses « bouilles » survolaient ainsi 200 mètres de dénivelé dans un ballet aérien quotidien.
Le génie de cette installation résidait dans sa simplicité absolue : l'absence totale de moteur. Utilisant la seule force de la gravité, le système fonctionnait en va-et-vient grâce au poids du lait. Les nacelles chargées des traites du matin et du soir, en plongeant vers la vallée, offraient l’énergie nécessaire pour faire remonter les bidons vides vers le sommet. Cette mécanique écologique avant l’heure illustre parfaitement l’ingéniosité des artisans jurassiens face aux contraintes du relief.
Véritable cordon ombilical entre la montagne et la fromagerie, ce porte-lait a vibré sans interruption pendant près d'un siècle. Ce n’est qu’en 1982, lors de la fermeture de la fruitière, que ce trait d'union d'acier a cessé son service. Aujourd'hui, ce vestige industriel reste le témoin d'une époque où l'innovation se mettait humblement au service du terroir, gravant dans le paysage l’histoire de la solidarité paysanne et de l’excellence du Comté.
Commentaires
Enregistrer un commentaire